mardi 5 août 2014

Pourquoi je m'engage pour une paix juste et durable au Proche-Orient




On me demande souvent pourquoi je suis aussi attentif à ce qui se passe entre Méditerranée et Jourdain, en insistant pour que tous les habitants soient considérés au même niveau (Palestiniens, Juifs, Bédouins, Maronites, Druzes…)
Comme beaucoup de mes amis, en particulier ceux d’éducation chrétienne, j’ai fait tout un cheminement. Après la guerre 40-45 ma génération a éprouvé beaucoup de sympathie pour les Juifs, les « Israélites » comme on disait à l’époque. Nous nous sommes enthousiasmés pour l’odyssée de l’Exodus, les communautés des kibboutzim, les sabras, les jeunes filles en short, le travail de la terre, les danses et les musiques israéliennes… Plusieurs amis sont allés dans des kibboutzim. Vers 1957 j’ai acheté un petit livre « Hebrew reader » pour faire l’apprentissage de l’écriture et des mots élémentaires. J’ai même suivi un an d’hébreu biblique et appris par cœur le début de la Genèse en hébreu.
J’ai lu avec avidité le livre Exodus de Léon Uris paru en 1958 et regardé les beaux Paul Newman et Eva-Marie Saint sauver un orphelinat des vilains Arabes soutenus par des nazis. J’ai tout avalé.
En 1958, j’ai écrit aux organisateurs du pavillon d’Israël à l’exposition universelle de Bruxelles pour dire mon enthousiasme pour leur présentation. « De l’eau jaillissant dans la steppe » selon le cri d’Isaïe. On me parlait de terre inculte rendue à la vie. « Un peuple sans terre pour une terre sans peuple ».
Mais petit à petit le doute m’est venu.
Cette terre n’était pas vide. Les Arabes n’étaient pas tous des bergers ou des pillards nomades sans attache à leur terroir ancestral. L’eau qui jaillissait dans le désert était prise à d’autres. Il y avait une bataille autour des ressources, du Jourdain, des nappes aquifères. Et j’ai eu le sentiment puissant que je m’étais « fait rouler » par une propagande redoutablement efficace.
On m’a fait croire que de leur plein gré 800.000 Palestiniens avaient abandonné leur maison pour des vacances à Gaza, à Naplouse, au Liban ou en Jordanie. Le temps que les troubles se terminent. Que leurs villages vétustes avaient été nettoyés parce qu’ils n’étaient pas assez modernes. Que les immigrants juifs allaient apporter la civilisation dans ces lieux qui n’avaient pas de passé culturel depuis 2000 ans. On m’a fait croire, on nous a fait croire.
Et j’ai lu et relu sur l’histoire réelle de cet espace entre Méditerranée et Jourdain. J’ai étudié les travaux des historiens et des archéologues. Je suis allé deux fois en Israël-Palestine. Sur la digue de Tel-Aviv, au restaurant à Jaffa, … Je me suis recueilli devant le Mur des Lamentations, j’ai vécu une messe au Saint-Sépulcre, un office du matin à 6 heures chez les Arméniens, partagé sur le rocher du Mont du Temple la prière de Musulmans frères en Abraham, parlé avec des Druzes, des Maronites, dormi dans un camp de réfugiés à Bethléem, … J’ai mis les pieds dans la mer de Galilée, cheminé à Capharnaüm, dormi dans les draps blancs des religieuses du Mont des Béatitudes… J’ai participé à une fête scolaire à Qalqilia, visité un village maronite du Nord détruit maison par maison, j’ai marché dans le Golan, en Syrie occupée… J’ai été honteux pour les juifs qui souillent les rues d’Hébron en jetant des ordures dans la grand-rue. J’ai rencontré des refuzniks…
À Naplouse j’ai vu l’arbitraire des gardiens de check-points qui bloquaient pendant des heures des Palestiniens à l’entrée de la ville, des jeunes conscrits de 18 ans qui marquaient leur arrogance dominatrice envers des vieillards. J’ai eu honte. J’ai senti dans les reins la mitraillette d’un soldat, j’ai été mis en joue à partir d’une tour de béton. Ce sentiment je ne l’avais vécu que pendant la guerre les Allemands me faisaient descendre du tram avec ma maman et ma sœur, et alignaient les hommes, bras en l’air, contre une façade au carrefour de la Chasse à Etterbeek-Bruxelles.
Je suis présent sur les réseaux sociaux parce qu’il faut rétablir la vérité, permettre aux Palestiniens d’être sur un pied d’égalité avec les Israéliens.
C’est mon affaire parce que la Belgique a voté à l’ONU en 1947 pour une division de la Terre de Canaan. Une structure à dominante juive, une arabe et une supervision internationale pour la zone des lieux saints. Mais l’ONU a un très mauvais service après-vente. Je défends le droit international, les résolutions de l’ONU, les conventions de Genève, …
Puisqu’on l’a voté je défends l’existence de l’Etat d’Israël qui a comme intérêt d’avoir un pays qui garantit entre autres la pérennité de la tradition juive. Et qui dans la conjoncture actuelle pourrait être une zone de sécurité dans un Proche-Orient troublé.
Rationnellement je suis pour une solution à un pays. D’abord parce que les traditions juive, arabe, chrétienne, laïque, … sont étroitement imbriquées. Ensuite parce que ma lecture de la Bible et ma lecture de l’histoire, renouvelée par l’archéologie, me montre que cette terre a toujours été multiculturelle. Même s’il y a eu pendant longtemps la tentation de la purification, du nettoyage, ou de l’allègement « ethnique ». Jéricho annihilée en préservant Rahab l’espionne de Josué, la légende de Samson, l’obligation d’abandonner les épouses légitimes qui seraient non juives, les guerres incessantes avec les Philistins, les Amalécites, les Romains… Les politiques gouvernementales ont rendu impossible actuellement la solution à un pays. Il faudra donc une solution à deux pays en espérant que la complémentarité commerciale, technique, culturelle, … tisse de nouveaux liens de confiance. Et pourquoi pas dans un deuxième temps une confédération ?
Voilà. Hier 4 aout 2014 j’ai regardé à la TV les commémorations de l’entrée dans la guerre 14-18. J’ai admiré le président allemand qui regrettait les exactions de l’armée allemande mais qui remerciaient les Belges, entre autres, d’avoir offert leur amitié dès 1945. Pas comme en 1918-1919 où on avait continué la guerre. Je pense qu’une réconciliation est possible et indispensable entre tous ceux qui vivent entre Méditerranée et Jourdain. Après avoir sonné l’alerte, les médias sociaux peuvent aider à retisser des liens.

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